La peau du tambour est la membrane du contact entre un geste et la résonance du creux. Ses vibrations dépendent des vibrations de l’air, de ce qui agit à sa surface, de la forme qui la tend. La peau du tambour est l’image d’un projet artistique cherchant les échos entre une expérience vécue des faits, l’action de la nommer et le fait psychique : une formule pleine du réel…
Le réel n’est pas le concret : on peut s’entendre sur le concret, c’est sans doute la part du réel qui ne pose pas de question. En revanche, le réel nous échappe : que nous soyons à ce point aveugle au réel explique qu’on s’y « cogne ».
Nos peintures, sculptures, dessins cherchent à formuler l’énigme du réel. Cette formule de l’inconnu ou de l’inconscient, ou des deux, se construit dans un langage pour produire des formes concrètes : frapper le tambour.
La nature concrète de la forme assigne à l’objet une fin : son existence formelle, cette forme-là et aucune autre, le son du tambour.
L’élaboration de la forme tend vers un objectif prétendu mais jamais atteint : un infini de l’énonciation contenu dans l’unité de la forme, la résonance.
Frapper le tambour pour le faire résonner, se réalise dans le rythme qui crée la séquence, prend l’apparence de la figure.
Le rythme est l’énergie de la forme, la dynamique de la métamorphose.
La figure est le contrat social, la dynamique du partage.
Le danger du rythme est de se dissoudre dans le chaos, son succès est d’en proposer un ordonnancement.
Le danger de la figure est de clore le partage, son succès est de traverser les sens.
Depuis les années 1980, la peau du tambour vibre discrètement produisant des œuvres, des spectacles, des expositions, des gâteaux au chocolat, de l’enseignement, des ruptures, des rencontres, de la métaphysique et des objets, parfois scintillant sous le soleil d’une brève reconnaissance, parfois ignorée et murmurant dans le tumulte.
Une vibration : un écho, des paroles, aucune existence administrative ni académique, aucune légitimité institutionnelle, la peau du tambour ne s’appuie que sur sa cohérence propre et son expérience.
La peau du tambourest frappée par des artistes, des amateurs, des personnalités, des enseignants, des étudiants, des solitaires, des médecins, des ingénieurs, des architectes, qui recouvrent parfois plusieurs de ces identités et sont aussi sculpteurs, peintres, écrivains, musiciens, acteurs, penseurs, beaux parleurs, et auditeurs gourmands.
La peau du tambour se ramifie comme un buisson que l’on découvre en vagabondant, dans lequel on pénètre timidement ou avec fracas, qu’on rejette ou qu’on adopte, qu’on quitte et qu’on rejoint sans que soit tenu le compte exhaustif de ces circulations.
La peau du tambour sonne dans une chartreuse des Landes, s’humidifie dans les marais de Couëron, se tend dans une cordonnerie du rond point de Rennes, cherche l’écho dans les falaises de Saint Cast, voyage quand elle le peut, s’élève en deux paliers à Chantenay et s’isole dans le Berry, bavarde à Paris.
De même qu’elle ne se fixe pas dans ces lieux, les noms qui la traversent se lient par une parenté spirituelle et affective et par des expériences communes.



