Clichés-verre

Peinture, photographie, dessin, les clichés-verre exploitent et explorent des potentiels de ces trois media.

Le cliché-verre a de photographique le principe de production de l’épreuve reproductible : tirage argentique par contact d’un négatif peint.

La construction du négatif résulte d’un acte de dessinateur : organisation des rythmes sur la plaque, équilibre des pleins et des vides, des transparences…

Les effets produits par la matière du dessin (peinture à l’huile visqueuse) et son image positive à travers l’épaisseur du verre provoquent plutôt des aspects picturaux : empâtements, transparences, épaisseur de la touche, ombre discrètes des touches…

Ces images ne sont pas des images de lieux, ce sont, littéralement, concrètement, des images de matière déposée sur une plaque.

Ma présence en ces lieux pour les représenter m’est indispensable, et pourtant, ces images ne sont pas des images de lieux. Il ne s’agit pas pour moi de représenter le lieu comme un objet extérieur, mais de représenter ma rencontre avec le lieu. Ainsi, les lieux explorés sont ramenés à une situation emblématique de la rencontre ou du passage : typologie urbaine, prégnance du point de vue, rencontre avec l’Histoire, avec mon histoire.

Ces images sont des images de matière : le processus de réalisation du cliché-verre agit comme un catalyseur qui amplifie les principes de la représentation en créant des interstices.

Travailler sur du verre implique de disposer concrètement du plein (la lumière perçue) sur du vide (le support transparent). Le travail en négatif n’a pas valeur de prouesse, il exige une acuité rythmique de l’observation, la précision des réglages des rapports de plein et de vide. Il oblige donc à une écoute attentive de ce que la vision contingente de l’habitude occulte et que la vision observée révèle dans les rythmes : une écoute latente.

Avec le cliché-verre, la représentation est une révélation différée deux fois. Ce qui est sur la plaque diffère formellement de l’épreuve par l’inversion positive, le jeu du tirage, les effets surprenants dus à l’épaisseur du verre, premier interstice entre la peinture et l’image. L’acte de peindre et de représenter est séparé de la révélation de l’image par un second interstice : le temps. L’image primordiale produite dans le lieu est aussi une image latente.

Écoute latente d’un lieu, image latente de matière, ces clichés-verre résultent d’un processus exigent : la rencontre avec le lieu impose une honnêteté qui vise l’exhaustivité rythmique dans la représentation. Cependant, cette rencontre est devenue exigeante au point d’exclure la présence de toute autre personne de la représentation. Tout ce qui constitue mon rapport au lieu est présent dans l’image sauf la figure humaine. En allant à la rencontre du lieu, je découvre l’absence. Ce tout sauf crée un manque. Le manque n’est ni ce qui est ni ce qui n’est pas, le manque est l’indice, la trace de la présence passée ou attendue, il est une figure d’un équilibre entre la mémoire et l’attente (entrez, la mémoire est latente).

Cyrille Bret

« La vision est prise ou se fait du milieu des choses, là où un visible se met à voir, devient visible pour soi et par la vision de toutes choses, là où persiste, comme l’eau mère dans le cristal, l’indivision du sentant et du senti. »

Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit.